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REPORTAGES |
| N° 004-Octobre 2005 |
Le chèque, le chic et le choc : Les femmes s’offrent des ‘’bureaux’’ sans état d’âme
Parler des hommes qui ont des maîtresses est devenu monnaie courante et plus personne ne s’étonne ou ne s’offusque de ce phénomène banal devenu sans plus, un fait de société sans importance. Mais lorsqu’on ose faire un gros plan sur le jardin secret des femmes, on constate avec beaucoup de surprises que le terrain n’est pas si vierge que cela, et qu’il y a de quoi remplir de nombreuses feuilles blanches.
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Olga BEHANZIN ADOVOEKPE
Dans nos sociétés, la femme est très souvent considérée comme une fleur rare, un être sans tâche, une espèce de surhomme qui est incapable de commettre certaines fautes que l’on juge impardonnables. Ainsi donc, avoir un amant ou commettre l’adultère, est beaucoup plus grave que voler, mentir ou même tuer. Une femme qui ‘’ va voir ailleurs’’ est une femme indigne à qui l’on colle une étiquette et qui porte à vie une marque indélébile. Dans beaucoup de famille, elle est répudiée ; dans d’autres, on a recours à une cérémonie de purification où la femme doit confesser son péché. Il n’est pas rare de rencontrer des hommes qui exigent de leurs futures épouses (au cours d’un rite), de citer le nombre d’hommes avec qui elles ont eu des rapports sexuels avant de les avoir rencontrés. Ou encore, des épouses que l’on emmène périodiquement au village et à qui l’on demande au cours d’un rituel, d’avaler un breuvage pour prouver leur fidélité. En principe dit-on, celles qui sont infidèles et qui consomment malgré tout ledit breuvage, meurent tout simplement. C’est dire que la femme est idéalisée et que l’environnement sociologique constitue pour elle un garde fours pour ne pas dire une pesanteur dont elle ne peut se débarrasser en un tour de main. Mais, lorsqu’on se rend compte que malgré toutes les précautions prises pour garder la femme dans son cocon, celle-ci plus que l’on ne puisse l’imaginer, brise les chaînes de l’interdit et s’offre des libertés érotiques sans pareil, il y a de quoi se poser des questions.
« Chèque, chic et choc »
L’amour du gain facile fait de certaines femmes des marionnettes entre les mains d’hommes sans scrupules pour des amours sans lendemain. Ou plutôt des désillusions, des déceptions poussent certaines vers la dépravation.
De toutes les façons, le vers est dans le fruit et la réalité est triste.
Aller dans un salon de beauté ou de coiffure, c’est non seulement s’acheter un ticket pour se faire belle, mais c’est s’informer à moindre coût. Savoir écouter, c’est toujours payant.
Madame B. était arrivée à 11 heures tapantes ce samedi là pour se faire belle.
« Je sors ce soir et il faudra que je sois très belle », dit-elle. « Où vas-tu- ce soir alors que ton mari a voyagé hier ? », demanda la coiffeuse ; « il n’est plus parti ? », poursuivit-elle. «Il est bel et bien parti et me laisse le temps de souffler un peu. J’ai envie de m’amuser et rien ne m’en empêchera». « Mais, tu es mariée! Avec qui sors-tu ? » « Avec un gars que j’ai rencontré au bureau la dernière fois. Tu sais, il était venu pour demander un renseignement et je l’ai bien accueilli. En partant, il était si content qu’il n’a pas hésité à me laisser une grosse enveloppe et son numéro de téléphone .On s’appelle presque tous les jours. Il m’envoie très souvent des friandises et à l’heure de la pause, on se rencontre parfois dans un restaurant ou dans un maquis pour manger. Aujourd’hui, rien ne m’empêchera de passer la nuit avec lui. Il est très gentil et plein d’attention pour moi, alors que mon mari ne me regarde plus. Tu penses qu’il ne se ‘’tapera’’ pas une nana au cours de son voyage ? Je ne l’empêche pas de mener sa vie et je me fous de ce qu’il fait ; mais, il ne m’empêchera pas de vivre la mienne». Une autre dame, C. intervient dans la discussion : «Moi, dit-elle, je suis incapable de tromper mon mari mais j’encourage celles qui le peuvent, de le faire. J’étais très naïve de croire que mon mari n’aimait que moi ; le jour où j’ai su qu’il me trompait avec ma meilleure amie, je me suis fait une raison et plus jamais je ne croirai en l’homme. Mon éducation ne me permet pas d’être infidèle mais, celles qui peuvent les tromper n’ont qu’à le faire. Ils nous font trop souffrir». Les efforts que fit la coiffeuse pour dissuader sa cliente de tromper son mari sont restés vains.
Les demoiselles entrent dans la danse, avec les grands moyens
Les taxis sont des moyens de transport qui offrent le luxe d’être sécurisant mais aussi des lieux de causette où l’on peut se faire des confidences à cinq ou à six.
Mesdemoiselles S. et I. âgées respectivement de 16 et 18 ans avaient pris devant le marché Ganhi, un taxi pour se rendre à Calavi; dans le véhicule, elles parlaient à bâton rompu sans se préoccuper de la présence de leurs ‘’covoyageurs’’. Mademoiselle S. demanda à sa copine I.si elle a pu se rendre à son rendez-vous de la veille. « De quel rendez-vous parles-tu ? J’en avais deux hier ». « Je parle de monsieur B. qui t’a promis de l’argent » ; «Tu parles ! Il ne m’a donné que cinquante mille francs, prétextant vouloir acheter un portable à sa femme qui fête le week-end prochain son anniversaire. Heureusement que l’autre n’a pas été avare ! ». Mademoiselle S. répliqua : «Tu es vraiment bête ; depuis l’année dernière, je te disais que je connais un homme à Akpakpa qui fait des gris-gris efficaces pour manipuler les hommes et tu refuses de faire sa connaissance. Il suffit de lui amener la peau d’un mouton fraîchement tué et son sang pour que l’affaire soit dans le sac. Il attache le tout avec une ficelle spéciale et il te reviendra tout simplement de tirer de temps en temps sur cette dernière pour faire monter la tension artérielle de ta rivale. Plus tu tires, plus la tension monte. Si la ficelle se casse, elle meure et tu prends sa place ». Une dame, environ la soixantaine qui était dans le taxi, réagit en sermonnant les deux jeunes filles. La plus âgée, c'est-à-dire la conseillère lui répond : «Votre mari, je n’en veux pas ; il est sûrement beaucoup trop vieux pour moi. Pourquoi alors tant d’histoire pour si peu ? » Elle reçut aussitôt une belle gifle et le taximan certainement horrifié par ce qu’il avait entendu, fit descendre les deux jeunes filles devant le stade de l’amitié à Kouhounou alors même qu’elles n’étaient pas encore arrivées à destination.
50 ans, l’âge idéal pour s’offrir un jeune amant
Prendre un « zémidjan » pour faire ses courses, c’est le moyen le plus sûr de s’informer à moindre coût. Encore une fois, écouter raconter, ne fait pas du tout de mal.
Madame T. est une femme mariée d’environ cinquante ans. Depuis fort longtemps, elle s’était fait une raison en ce qui concerne son mariage. Pour elle, il n’y a plus d’avenir avec son mari qui dit-elle, a des ‘’ bureaux’’ en ville. La spécialité de ce dernier, ce sont les petites filles et rares sont les fois où il lui arrive de sacrifier à la tradition en accomplissant son devoir conjugal. Madame T. a donc décidé à son tour, de se prendre un amant, un conducteur de taxi-moto communément appelé «Zémidjan », que le hasard a placé sur son chemin le temps d’une course. Madame T. s’occupe bien du « zem » qui a 32 ans. Elle lui fait à manger, lui donne de l’argent, le chouchoute comme si c’était son enfant et en retour, celui-ci lui assure la pitance érotique au besoin. Le « zem » marié et père d’un enfant, demande conseil, car sa femme le soupçonne d’infidélité et il n’a pas du tout envie de perdre cette dernière. Renvoyer aussi la ‘’vieille’’, c’est selon lui, ne pas faire preuve de sagesse car, les temps sont durs à Cotonou, et faire des heures supplémentaires pour arrondir les fins de mois, n’a jamais fait du mal à personne.
Encadré
Savoir faire la part des choses
Le phénomène de « deuxième bureau » a pris de l’ampleur et s’est imposé de telle sorte qu’aujourd’hui, il gagne le rang des femmes qui n’hésitent plus à s’offrir le luxe de se « taper » un ou plusieurs amants. On aura beau dire, « les hommes le font donc il n’y a pas de mal à le faire » ou « il m’a trompée et je n’ai eu d’autre solution que de lui rendre la monnaie de sa pièce », et même « mes parents sont pauvres et il me faut de l’argent pour mes besoins les plus élémentaires », c’est faire preuve d’immaturité que de tomber dans le piège de la facilité en se souillant, en se salissant. Tromper, c’est avant tout se tromper; et s’il n’y a d’autre solution que celle là, quitter officiellement son mari ( pour les femmes mariées), c'est-à-dire divorcer, n’est-il pas plus responsable ?
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