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A quelque chose malheur est bon (Par Roger Gbégnonvi)
Écrit par Sonangnon
Cruauté du sort et de sa formulation lorsque l’être humain en est réduit à se consoler à la pensée que de son malheur surgira un certain bonheur. A quelque chose malheur est bon ! Et comment ne pas le dire devant l’unanimité qui se dégage aujourd’hui pour condamner ‘‘l’Etat sauvage’’, la barbarie sur le stade de Conakry ! La CEDEAO, l’Union Européenne, la Cour Pénale Internationale, tout le monde d’accord pour reconnaître et condamner le malheur délibérément provoqué par des gens ayant cerveau, intelligence et conscience. Un bémol toutefois : aucun de nos chefs d’Etat ne s’est montré capable d’une parole personnelle de condamnation du massacre, comme s’ils avaient déjà intégré Dadis dans leur syndicat parfois innommable, comme si chacun d’eux avait quelque cadavre dans son placard ou ne reculerait pas devant l’éventualité d’en avoir. Silence singulier à regretter et à stigmatiser. Mais aucun d’eux n’a osé dire, comme dans le cas de Hissène Habré, qu’il faut laisser l’Afrique s’occuper de ses propres affaires. Progrès à saluer. Les autres nous aident volontiers en cas de trop de pluie ou de sécheresse. Ils peuvent nous aider aussi quand nos démons nous mettent en joue, se jettent sur nos mères, nos épouses et nos sœurs, les déshabillent et les violent à ciel ouvert avant de les fusiller. Faits d’hommes ou de monstres à forme humaine ? Avec l’unanimité de la condamnation de l’infamie, l’on espère ne plus avoir jamais à se poser une telle question.
Et c’est le lieu de se demander pourquoi il n’y a pas eu la même unanimité et la même fermeté contre celui qui, au Niger, a violenté les textes et les institutions démocratiques pour se faire sa propre constitution pour sa propre république. C’est odieux sans le sang. Mais faut-il attendre le sang pour le désavouer de manière à le mettre clairement au banc des démocrates afin que, ainsi mis à l’index, il n’ait pas d’autre choix que d’aller à Canossa, comme sera bien obligé de le faire Dadis ? Car si nous laissons l’autocrate du Niger aller définitivement son train, pourquoi demain, faute de pouvoir changer de peuple ou de transformer l’ensemble des Nigériens en troupeau de moutons dociles, pourquoi n’enverrait-il pas demain sa soldatesque hurlante tirer sur la foule des récalcitrants dans le stade de Niamey qui lui appartient dans cette république qui est sienne ? A quelque chose malheur est bon certes, mais quand on voit le malheur venir, l’on se doit de le mettre hors d’état de s’installer et de nuire.
Et c’est également le lieu de se demander au nom de quelle éthique la Chine signe un contrat commercial sur le dos des fusillés avec un gouvernement illégitime et sanguinaire. Au nom de quelle éthique ? Mais cette Chine signataire ne doit pas avoir d’éthique. C’est elle qui, naguère, a écrasé par centaines ses étudiants sur la Place Tiananmen. Comme la foule du stade de Conakry, les étudiants de la Place Tiananmen étaient désarmés et voulaient s’exprimer librement. On les fusilla, écrasa leurs cadavres sous les tanks de la République Populaire. Pour cette Chine-là, les fusillés, violées, écrasés du stade de Conakry entrent dans la catégorie de ce que Le Pen appelle ‘‘un détail de l’histoire’’. Or depuis quand un détail a-t-il empêché de commercer vaillamment ? Dernière venue en puissance sur la scène du capitalisme ravageur, la Chine qui écrasa ses étudiants sur la Place Tiananmen n’a pas de temps à perdre, elle doit courir pour rattraper l’avance prise par les autres sur elle au temps de l’esclavage et de la colonisation. Elle n’a pas plus d’éthique que les esclavagistes et les colonialistes. Pourquoi se priverait-elle dès lors d’exploiter l’Afrique comme le font les autres depuis des siècles ? Parce qu’il y a eu massacre ? Mais enfin ‘‘un génocide dans ces pays-là, c’est pas trop important’’, disait le socialiste François Mitterrand à propos du Rwanda en 1994.
A quelque chose malheur est bon, certes. Mais le peuple d’Afrique noire n’a pas d’amis, il n’a que des exploiteurs qui se servent aujourd’hui de ses propres enfants pour le dépouiller en marchant sur son cadavre déshonoré par ses enfants infâmes, meute livrée à l’instinct pour l’argent infâme au prix même de la mort de leurs père et mère. A l’adage du ‘‘bon malheur’’, il faudra peut-être substituer l’autre, celui qui suggère qu’il y a du pain sur la planche, qu’il reste du travail à faire pour que l’homme noir sorte de l’auberge du malheur.