Ma Contribution
Gouvernement du changement au Bénin : Appréciation de Monsieur Sylvain Adékpedjou AKINDES | Gouvernement du changement au Bénin : Appréciation de Monsieur Sylvain Adékpedjou AKINDES |
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| Écrit par SONANGNON | |||||
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Votre site sonangnon.net a renoué avec sa rubrique MA CONTRIBUTION et pour cette nouvelle année 2008 reçoit pour vous Monsieur Sylvain Adékpedjou AKINDES, ancien député à l’assemblée et ancien ministre. Avec lui, nous avons fait le tour des différents faits marquant de l’année écoulée sur le plan politique, économique et autres... Bonjour Monsieur Akindès. Avant toute chose, nos internautes voudraient mieux vous connaître
Si aujourd’hui, il vous était donné de revenir au gouvernement servir votre pays, seriez-vous prêt ? Je ne crois pas pouvoir ni vouloir revenir dans une équipe gouvernementale. Le temps consacré à la gestion des affaires publiques est largement suffisant pour que d’autres aient l’occasion de s’y essayer. Je ne garde d’ailleurs pas un assez bon souvenir du travail gouvernemental pendant que j’y étais. Mais une telle expérience est très formatrice ; elle permet de relativiser les critiques qui peuvent être faites aux dirigeants de l’Etat. Elle autorise cependant à être exigeant à leur égard. Parlant toujours de gouvernement, quelle est votre appréciation sur le nouveau gouvernement, je veux parler du « gouvernement du changement » depuis son installation, de façon globale ? Je pense que vous faites allusion au nouveau pouvoir politique en place, car, avec tous les changements qui sont intervenus dans les équipes gouvernementales, il est hasardeux de se prononcer sur l’un d’entre eux isolément. Ces changements de Ministres, trop fréquents à mon goût, résultent de l’absence dramatique d’une équipe politique qui dirige le pays sur la base d’un programme défini à l’avance même s’il devrait subir des modifications et adaptations en cours de mandat. Les ministres ne donnent pas l’expression d’agir sur la base de leurs convictions, mais sur celle de fidélité et d’obéissance envers le Chef de l’Etat. Cette impression est-elle justifiée ? La réalité est-elle différente de l’apparence ? Je voudrais l’espérer. Comme vous le constatez, je relativise mon jugement, cela d’autant plus que ce sont les jugements des jeunes, les espoirs qu’ils placent de manière rationnelle dans les actes des gouvernements qui devraient justifier une appréciation de ma part. Ce sont eux qui auront à vivre les conséquences de ces actes. Or, les opinions qui sont exprimées par eux sont parfois excessives, parfois naïves, affectives et passionnées. Doit-on comprendre à travers vos propos que c’est un gouvernement sans boussole comme l’affirme certaines personnes ? Même avec une boussole, il faut savoir d’où l’on part et où on veut arriver pour mieux choisir le chemin qui doit y conduire avec un minimum de tâtonnement et de sacrifices. Le programme d’action du gouvernement, s’il existe, n’est pas vulgarisé ; en tout cas je ne le connais pas à ce jour. Aujourd’hui quand même le Bénin est en chantier tous azimuts. N’y a-t-il pas des risques des éléphants blancs comme par le passé ? A propos de chantier, il faut reconnaître que des infrastructures se construisent tous azimuts. Certains sont des héritages des présidents précédents ; d’autres comme les « villas présidentielles » sont initiés sous le Président Boni Yayi. Ce n’est pas évident que ce sera des éléphants blancs. En matière d’éléphants blancs, je ne vois pas les risques encourus réellement. Certains projets annoncés, comme cette diarrhée de résidences présidentielles peuvent ne pas donner les résultats qu’on leur fixe ; faut-il les classer parmi les éléphants blancs ? Je crois cependant que c’est l’invasion de la communication du gouvernement qui donne l’impression que les réalisations sont plus nombreuses que par le passé. Le rigueur verbale est susceptible de mettre les entrepreneurs au pas ; ajoutée à la mise à contribution de l’armée permettra, je l’espère, de réduire les dégâts. Il reste des chantiers comme celui du logement pour de ceux qui en ont le plus besoin, l’immense majorité des travailleurs, comme celui de l’emploi des jeunes dont on ne parle pas assez, celui de la diversification de la production agricole et de l’amélioration des outils de production, la résolution du problème foncier rural. Il y a tout de même le projet de micro finance aux plus pauvres qui semble faire plaisir réellement aux populations Il faut espérer que ces financements ne deviennent tout simplement la part que les populations réussiront à s’approprier du « butin » ; ils sont nombreux ceux qui prennent ces fonds comme la récompense du vote qu’ils ont émis en faveur du Président et de leurs agitations périodiques de soutien bruyant. En matière d’agriculture beaucoup de milliards ont été injectés dans le coton. Comment voyez-vous la filière ? L’injection de fonds pour soutenir la filière et éviter qu’elle s’effondre a des limites évidentes. Pour moi, le diagnostic de la filière coton tel qu’il est présenté est insuffisant et les solutions mises en œuvre ne satisferont les paysans que très provisoirement. En fait tout l’effort déployé aboutit à enrichir des groupes d’opérateurs jouant les intermédiaires qui tiennent les paysans en otages. Ces groupes ont des ramifications politiques qui leur donnent une puissance efficace et une influence certaine sur les décisions gouvernementales. Une situation qui dure depuis le mandat du Président Soglo ; elle a prospéré sous Kérékou et continue sous Boni Yayi. Ces groupes jouent le même rôle que jouaient « les sociétés d’intervention » qui furent les cibles des mouvement démocratiques de jeunes et de travailleurs dans les années soixante. Seule une organisation bien structurée et véritablement démocratique des paysans peut apporter des solutions durables et équitables. Il y a eu, courant 2007, ce qu’il est convenu désormais d’appeler la crise du GSM. Quelles sont vos appréciations par rapport à la résolution de la crise ? Vous savez, les préoccupations des clients du GSM étaient de faire baisser les coûts des communications. Ces préoccupations ont été reléguées dans les oubliettes définitives pendant ce qu’il est convenu d’appeler la crise du GSM. Elles ont été remplacées par la recherche de nouvelles sources de recettes par le gouvernement. La conduite de ce dossier, l’absence totale de professionnalisme des journalistes dans son traitement traduisent une manœuvre pour l’embrouiller et exploiter nos sentiments nationalistes pour des causes obscures. Il n’y a eu aucun débat contradictoire pendant la période dans aucun organe. Le bilan financier et juridique n’a pas été rendu public et ne le sera probablement jamais. Il est possible que l’Etat béninois ou les opérateurs GSM soient traduits un jour devant des juridictions béninoises ou étrangères puisqu’il est exclu que la nôtre puisse agir avec toute la liberté et l’objectivité requises. Le respect des lois et de Le prolongement de cette crise du GSM est aussi l’affaire SARCI_ETISALAT, comment appréciez-vous la position du gouvernement dans cette affaire ? Je ne maîtrise pas les données de ce dossier ; les conditions dans lesquelles un ministre chargé des communications est devenu promoteur d’un réseau sont assez floues pour me laisser penser que l’histoire l’a rattrapé. Toutes les données sont-elles à notre portée pour fonder une conviction à notre niveau ? La position adoptée par le gouvernement n’est pas soutenue par une argumentation convaincante ; des non-dits, il y en a dans le dossier. Le mieux est que la justice tranche le différent qui oppose les parties. Des odeurs de corruption enveloppe ce débat qui ne risque pas d’être clarifié. Nous n’allons tout de même pas laisser les dossiers de corruption d’autant que l’IGE aujourd’hui a des preuves ? Sans doute, mais la méthode de lutte contre la corruption, si elle n’est pas bien adaptée, risque de produire un effet contraire à ce qui est recherché. Les nombreuses erreurs de procédure enregistrées dans les dossiers concernés aboutissent à des résultats désolants, compliquant davantage la lutte contre le phénomène. La crédibilité de l’IGE est engagée et j’ai le ferme espoir que son responsable Jacques KOUSSE pèsera de tout son poids pour redresser la situation actuelle, et qu’il ne sera pas désavoué par les actes posés par le pouvoir. Aujourd’hui la désignation par l’Assemblée Nationale des membres devant siéger à La situation que vous évoquez à l’Assemblée Nationale est le résultat de la mauvaise gestion politique de Boni Yayi ; le Chef de l’Etat est, me semble-t-il, convaincu que l’organisation des forces politiques véritablement et librement engagées pour les changements nécessaires est secondaire, pas si indispensable que cela dans la mesure où une multitude de mouvements peut y suppléer. La politique d’exclusion dont sont victimes certains de ceux qui se sont prononcés pour soutenir l’action du gouvernement provoque des remous dont une des conséquences est cette situation. Exclus des centres de concertations et de décisions, ils n’ont d’autre recours que faire bloc pour exister et compter. La pluralité de la « mouvance » n’est pas une vue de l’esprit ; le réalisme impose d’en tenir compte et de s’organiser en conséquence. Dans le cas précis, des instructions peuvent être données pour faciliter la présence de tous les courants dans les structures d’organisation du prochain scrutin. La transparence, la crédibilité et le processus démocratique en sortiront renforcés. A force de négliger la gestion politique, qui n’est somme toute qu’une forme de gestion des hommes, on risque d’hypothéquer les progrès réalisés. Nous avons vu par le passé dans ce pays une majorité parlementaire qui a fait sa loi et la minorité a subi en son temps. A chaque majorité parlementaire sa stratégie. Ne voyez-vous pas que la minorité parlementaire actuelle est partie trop loin en claquant la porte ? Les minorités passées n’ont pas le même profil que celui des personnes qui ont claqué la porte. Elle comporte des députés qui ont soutenu à un moment donné la candidature du Chef de l’Etat. Chacun défend sa survie comme il peut, comme on l’y oblige. L’essentiel est de privilégier le dialogue pour parvenir à un bon compromis. Mais nous voyons clairement qu’il n’y a pas d’opposition en tant que tel ou du moins des opposants de circonstance ! L’opposition se manifeste dans la critique d’un programme et des propositions de rechange. En l’absence d’un programme, il est impossible de parler d’opposition à moins qu’elle ne soit de principe. Vous savez, l’adhésion à une vision est très facile mais ne présente aucune garantie d’accord sur les étapes, les méthodes et les résultats escomptés. Une opposition véritable ne se déclarera que si un programme de gouvernement existe effectivement et s’il ne satisfait pas certains ; et ce n’est pas le cas actuellement. En terme de programme la main mise des partenaires au développement sur les choix à opérer ne peut produire qu’une sorte d’alignement sur les actes qui nous suggérés et donc derrière ceux qui sont au pouvoir, à moins de baser l’opposition sur des critères ethniques ou régionalistes. Honorable et ministre, vous les avez été ; mais vous êtes aussi père de famille et nous voulons savoir, en votre qualité de père de famille l’appréciation que vous avez sur l’état du panier de la ménagère. A-t-il eu une amélioration depuis l’arrivée du Président Boni Yayi ? Je dois à la vérité de dire que la façon dont je fonctionne chez moi ne me permet pas de me prononcer objectivement sauf à confirmer que j’enregistre des plaintes des membres de ma famille sur un renchérissement du coût des produits de première nécessité. Les décisions rendues publiques par le gouvernement prouvent que ces plaintes étaient justifiées. Le phénomène de renchérissement du coût de la vie n’est cependant attribuable au seul gouvernement actuel ; les précédents ont été confrontés aux mêmes difficultés. La différence réside dans les solutions préconisées et mises en œuvre. Celles qui viennent d’être portées à notre connaissance ressemblent à s’y méprendre aux mesures de la période révolutionnaire sous le PRPB. Mesures qui s’étaient révélées inefficaces et tracassières. Les présentes connaîtront sans aucun doute le même sort ; il est regrettable que l’on ne tire pas les leçons du passé. Me Lionel AGBO qui jadis était le farouche défenseur des consommateurs du GSM et qui dénonçait ce qu’il appelait la mafia du GSM au Bénin est aujourd’hui à la présidence et depuis plus rien de sa part. Je ne me hasarderais pas à critiquer une personne comme lui, fut-il célèbre pour des déclarations antérieures. C’est à l’acte qu’on connaît l’homme et les véritables intérêts qu’il défend. Je peux juste dire qu’il est attendu sur le coût des communications GSM pour prouver la sincérité de son engagement. On ne devrait pas le considérer comme un messie capable de résoudre l’équation sans tenir compte de l’environnement économique, politique et gouvernemental. Ses conseils, s’ils existent, ne seront pas forcément suivis par l’autorité qui a des contraintes que Me Agbo n’a pas. Nous sommes au terme de notre entretien. Avez-vous un mot à l’endroit des béninois en cette veille d’une nouvelle année ? Si, avec ce que j’ai dit, on a réussi à comprendre qu’il faut être tout le temps maître de sa pensée, réfléchir, approfondir la réflexion, se poser des questions, remettre les choses en cause dans un sens et dans l’autre, les remuer éternellement et toujours pour découvrir la vérité dans toute sa dynamique, pour permettre d’avancer dans la recherche de la vérité, alors on aura compris l’essentiel du message que je souhaitais laisser. Pour moi qui ne suis pas à l’aube de ma vie, l’heure des choix est passée ainsi que le moment de tracer les chemins de l’avenir : c’est à la jeunesse de les tracer et d’accepter de bénéficier des expériences vécues pour réaliser la société dans laquelle elle veut vivre. A tous, je souhaite une année pleine de bonheur, de joie, de succès. Une année de travail récompensée à sa juste valeur, une année d’engagement pour le progrès de notre patrie commune.
Entretien exclusif réalisé pour SONANGNON.NET par : Berlos Segeste SASSE & Brice MEDETON
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