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Depuis
plusieurs décennies, les opérations de lotissement font l’objet de magouilles,
de vols et de blocage dans la plupart de s régions de notre pays. Cet état de
chose qui pénalisent les populations et surtout les acquéreurs de parcelles sont
souvent le fait de certains élus locaux qui, avec la complicité des comités de
lotissement et de certains géomètres, manipulent les plans d’état de lieux et
font des intrusions d’étrangers dans le plan, ce qui porte des préjudices aux
anciens propriétaires terriens. Constantin Bah, Inspecteur du Cadastre, géomètre
expert foncier DPLG soucieux de la transparence dans les opérations de
lotissement expose ici les différentes étapes de ces travaux et les points
d’encrage où s’opèrent souvent les magouilles et vols de parcelles.
Introduction
Face au développement anarchique de nos
agglomérations urbaines et rurales, le lotissement est devenu non
seulement un moyen privilégié pour aménager nos espaces urbains et ruraux, mais
également un moyen pour réglementer l'utilisation de
la propriété foncière dans un cadre organisé.
Ceci fait appel à des compétences et à une synergie.
De ce fait, le Géomètre-Expert est un conseiller
privilégié des collectivités . locales ayant des compétences dans les domaines
technique, juridique et économique.
C'est pour cette raison que ses services sont
sol1icités dans les lotissements. En matière de conception les statistiques
montrent que les Géomètres-Experts sont chargés d'une partie importante des
études de lotissement malgré leur nombre insignifiant. Au total il existe 27
cabinets de Géomètres-Experts implantés sur le territoire du Bénin pour 77
communes.
A- En quoi consiste un lotissement ?
En prenant en compte les normes de l’art, le
lotissement est une division foncière en vue de l'implantation de bâtiments; peu
importe la destination des bâtiments (il peut donc s'agir d'édifices publics, de
bâtiments d'habitation ou d'exploitation agricole.. .). Il n'y a pas lotissement
si la division n'a pas pour but, proche ou lointain, la construction de
bâtiments, peu importe le caractère volontaire ou non de la division. Le
lotissement ou aménagement foncier appliqué dans une ville est une opération
d'urbanisn1e et dans une can1pagne une opération de ruralisme. <br>
L'opération de lotissement est destinée à mettre
à la disposition des constructeurs, à partir d'un terrain nu, des parcelles
aménagées et viabilisées* (voirie, réseau d'eau potable, égout, électricité...).
C'est dire donc que cet aménagement foncier se développe le plus souvent pour
répondre à la demande de terrains à bâtir à .la périphérie des villes et dans
les campagnes.
* les fonds prévus pour les opérations de
viabilisation de montant 10.000F, contenus dans les frais de lotissement par
parcelle sont souvent détournés par les Autorités qui ont la charge des
opérations de lotissement.
Le lotissement présente comme avantage d'assurer
une utilisation cohérente de l'espace disponible, moyennant un coût n'entraînant
pas de gaspillage au détriment de la collectivité.
Au Bénin, selon le Ministère de
l'Environnement de l'Habitat et de l'Urbanisme, le lotissement apparaît bien
plus souvent comme une opération de régularisation de l'occupation anarchique
par les populations des périphéries urbaines, une opération de remembrement et
de restructuration du foncier en milieu urbain et périurbain.
Le lotissement au Bénin comporte cinq (5)
opérations techniques, à savoir:
1) Les opérations de levé de plan d'état des
lieux par le Géomètre-Expert.
2) La conception du plan de voirie et
d'équipements socio-communautaires sur un fond de plan d'état des lieux par
l'Urbaniste.
3) L'implantation du plan de voirie et
d'6quipements socio-communautaires sur le terrain par le Géomètre-Expert.
4) Les opérations d'implantation du plan
parcellaire de recasement sur le terrain par le Géomètre-Expert.
5) et enfin les opérations de recasement et
d'attribution de parcelles par le Géomètre-Expert et un représentant du Maire.
B- Conséquences juridiques d'un projet de
lotissement sur l'environnement et nécessité de l'étude d'impact.
L'étude d'impact a pour objet d'apprécier les
conséquences d'un projet de lotissement sur l'environnement.
Dans un lotissement, l'étude d'impact constitue
donc un instrument de planification du développement et de l'utilisation de
l'espace. Elle prend en compte l'ensemble des
facteurs environnementaux tout en se concentrant
sur les éléments vraiment significatifs. Elle considère les intérêts et tes
attentes des populations concernées en vue d'éclairer les choix et les prises de
décision.
En nous référant à ce qui se fait en France, par
exemple, l'article 2 de la loi du 10 juillet 1976 relative à la protection de la
nature stipule notamment, je cite:
«........... Les travaux et projets
d'aménagement qui sont entrepris par une collectivité publique ou qui
nécessitent une autorisation ou une décision d'approbation ainsi que les
documents d'urbanisme doivent respecter les préoccupations d'environnement.
Les études préalables à la réalisation
d'aménagements ou d'ouvrages qui, par l'importance de leurs dimensions ou leurs
incidences sur le milieu naturel, peuvent porter atteinte à ce dernier, doivent
comporter une étude d'impact permettant d'en apprécier les conséquences. » Fin
de citation. La non exécution de l'étude d'impact environnementale peut remettre
en cause la nature juridique d'un lotissement.
Le Géomètre-Expert pourra être désigné par
l'Administration pour être le Commissaire Enquêteur, puisque l'étude d'impact
est soumise à une audience publique. De par sa connaissance du terrain et des
hommes, sa compétence diversifiée dans les don1aines technique, juridique et
économique, il est à même de participer à ces études en apportant sa
contribution à leur réussite ou en les pilotant lui -même.
C-Le mode de financement des opérations de
lotissement au Bénin.
Les opérations de lotissement au Bénin, sont
financées par les cotisations des présumés propriétaires* de parcelles installés
à l'intérieur du périmètre à lotir. Le montant de la cotisation ou de l'état de
frais de lotissement par parcelle, est fixé de commun accord par le
Géomètre-Expert lotisseur et le maître d'ouvrage ( le Maire de la commune
concernée, par exemple), s'il s'agit d'un marché de gré à gré. Dans le cas
contraire un appel d'offre est organisé par le maître d'ouvrage. Le
Géomètre-Expert soumissionnaire le mieux disant* est retenu.
Ce mode de financement est un facteur
défavorable pour la réussite des opérations de lotissement dans le délai
contractuel pour deux raisons:
1- l'approvisionnement cahoteux du compte
bancaire ouvert pour recueillir les cotisations.
2- l'absence de transparence dans la gestion du
compte bancaire, du fait que le géomètre lotisseur n'est pas cosignataire des
opérations de retrait de fonds.
Observation: Une nouvelle approche de la
définition des modalités de financement des opérations de lotissement est
indispensable pour la réussite desdites opérations. En effet les investissements
nécessités par les opérations de lotissement sont considérables. Cependant
partant du principe que le financement de ces opérations peut être largement
assuré par la création des richesses qu'elles créent elles-mêmes par
l'accroissement dés valeurs foncières, les institutions financières de la place,
en l'occurrence les banques de développement, peuvent financer les opérations de
lotissement au Bénin sans aucune crainte.
D- L'Analyse des opérations de lotissement et
les litiges:
Au Bénin les opérations de lotissement avant
leur réalisation comporte déjà de sérieux problèmes du fait de la spéculation
foncière qui existe dans les grands centres urbains. En effet loin de procéder à
une opération de lotissement classique, certains présumés propriétaires
fonciers, en vertu du droit coutumier qui leur est reconnu, procèdent à un
morcellement de leurs domaines en parcelles de 500m2 environ avec des rues
d'accès de 8 à 10 mètres de large, ce qui est particulièrement irrégulier et
prépare une forme d'escroquerie. Ces parcelles sont vendues à des acquéreurs.
L'acte de vente fait souvent l'objet d'une convention écrite sous seing privé.
Cet acte de par son caractère privé en principe n'est pas opposable au tiers en
cas d'une contestation éventuelle de droit de propriété. Parmi ces acquéreurs on
observe deux tendances:
- d'un côté ceux qui décident de construire sur
leur parcelle un logement pour y habiter aussitôt,
- d'un autre côté ceux qui, au contraire,
préfèrent attendre un lotissement officiel de leur zone. Cette attente peut
durer parfois plus de dix (10) ans avant que les Autorités administratives
décident de lotir ladite zone. A cette attente il faut ajouter les caprices des
membres du comité de lotissement qui prolongent davantage la durée prévue pour
réaliser les opérations de lotissement.
Au cours des opérations de lotissement qui ont
lieu des années plus tard, on rencontre des opportunistes qui forment des
groupements du nom de comité de lotissement et prétendent défendre les intérêts
des présumés propriétaires de parcelle, alors que dans les faits, ce sont
ceux-là qui sont à la base de tous les problèmes fonciers créés pour opposer les
anciens propriétaires coutumiers aux acquéreurs de parcelle qui jusque là ont
laissé leur parcelle nue. Les problèmes fonciers créés sont de deux (2) sortes:
a)- La remise en cause
des conventions de vente contractées il y a plusieurs années. Les anciens
propriétaires coutumiers décident unilatéralement d'actualiser lesdites
conventions; les anciens prix de vente sont parfois multipliés par cinq (5) ou
même plus.
b)- Les anciens
propriétaires coutumiers avec la complicité des membres du comité de lotissement
prennent d'assaut toutes les rues qui existaient, les transforment en parcelles
qu'ils vendent aussitôt.
D'où la naissance d'un litige entre les anciens
acquéreurs qui ont déjà construit sur leur terrain et les anciens propriétaires
coutumiers. Parmi les anciens acquéreurs qui ont construit sur leur parcelle où
ils logent avec leur famille, certains cèdent aux chantages de leur vendeur et
au cours d'un compron1is ils payent un complément à l'ancien prix de vente.
<br>
Ceux qui refusent de céder à ces chantages
portent leur litige au niveau des tribunaux. Par ailleurs, la fermeture des
voies transformées en parcelles et vendues fait l'objet d'une négociation
spéciale entre les anciens propriétaires coutumiers et les membres du comité de
lotissement qui plaident leur cause. Les membres du comité de lotissement à leur
tour négocient auprès des techniciens du Géomètre-Expert chargé de l'exécution
des opérations de levé d'état des lieux. Ils demandent à ces derniers de prendre
en compte les rues fermées, transformées en parcelles et vendues aussitôt en
leur donnant les noms des nouveaux acquéreurs. Le Géomètre-Expert chargé de
lotissement une fois au courant de ces manigances s'oppose à la demande des
membres du comité de lotissement. Il se crée ainsi un désaccord entre le
Géomètre-Expert et les membres du comité de lotissement. En effet, la fermeture
de ces voies entraîne une augmentation démesurée du coefficient de réduction au
détriment des intérêts de la population. En présence de ce dilemme le
Géomètre-Expert ne doit céder à aucune négociation malsaine s'il tient à
respecter son honorabilité et l'éthique professionnelle.
C'est le lieu de rappeler en quoi consistent les
opérations de levé de plan d'état des lieux.
Les opérations de levé de plan
d'état des lieux consistent à exécuter le levé topographique de chaque parcelle
située à l'intérieur du périmètre à lotir. Un système de polygonations orienté à
partir des points géodésiques du Bénin ou à défaut orienté à l'aide d'une
boussole permet de rattacher toutes les parcelles à un même système de
coordonnées rectangulaires pour obtenir le plan de levé d'état des
lieux de la zone à lotir.
Pour réaliser cette opération il est
demandé à chaque présumé propriétaire de parcelle de matérialiser les sommets de
chacune de leur parcelle par des piquets en bois ou par des bornes en béton. A
l'intérieur de chaque parcelle, chaque présumé propriétaire implante une plaque
qui porte son nom, ses prénoms et son adresse.
La réussite d'une opération de levé de plan
d'état des lieux est liée au respect des règles de l'art, de l'éthique
professionnelle et à la détermination du Géomètre-Expert chargé du lotissement
de pratiquer la rigueur dans la plus grande transparence. Car c'est bien au
niveau des opérations de levé de plan d'état des lieux que toutes les magouilles
naissent au détriment de la majorité des présumés propriétaires.
La plupart des contentieux trouvent leur origine
dans une manipulation frauduleuse créée par les membres du comité de lotissement
qui se réclament toujours défenseurs des intérêts des présumés propriétaires de
parcelles, alors que ce, sont ceux-là mêmes qui prennent les opérations de
lotissement pour fonds de commerce qu'ils exploitent parfois avec la bénédiction
des Autorités locales, en l'occurrence le Maire de la commune concernée. Plus
les opérations de lotissement durent plus les membres du comité de lotissement
trouvent leur compte au détriment des intérêts des populations en créant des
faux frais au vu et au su des autorités locales qui ne réagissent pas parce
qu'elles sont complices.
Aussi naissent les conflits de limites qui
trouvent leurs sources dans les cas suivants:
-chevauchement de grands domaines,
-disparition sur des parcelles des plaques
d'identification de nom, prénoms et d'adresse au passage du technicien du
Géomètre-Expert chargé des opérations de levé d'état des lieux,
-déplacement de limite de parcelles par son
vendeur en l'absence de l'acquéreur, -pressions de certains membres du comité de
lotissement sur les techniciens du Géomètre-Expert pendant l'exécution des levés
des parcelles à l'état des lieux pour les entraîner à faire du faux
(introduction frauduleuse de noms des personnes n'ayant aucune parcelle dans la
zone à lotir).
Lors de l'exposition du plan d'état des lieux
dans un lieu public, un cahier de doléances est déposé au lieu de l'exposition
pour recueillir les contestations et les litiges éventuels. <br>
A ce niveau les doléances peuvent
être tronquées avant d'être transmises au Géomètre-Expert. C'est pourquoi le
représentant du Géomètre-Expert pendant l'exposition doit être éveillé, vigilant
et de bonne moralité.
Pour prendre en compte les doléances pertinentes
en vue d'une correction éventuelle, le Géomètre-Expert peut subir des pressions
tendant à lui faire accepter de faux présumés propriétaires de parcelle. Il lui
revient donc de continuer à résister aux tentations. Malheureusen1ent dans la
plupart des cas certains Géomètres-Experts cèdent à ces tentations de peur qu'on
ne leur arrache le reste des opérations du lotissement pour les confier à
d'autres. Il n'est pas inutile de noter ici que les comités de lotissement sont
les instruments que les Autorités locales, en l'occurrence le Maire, manipulent
pour créer des problèmes aux Géomètres- Experts intègres. L'Ordre des
Géomètres-Experts ne doit pas cautionner cet état de chose qui consiste à
arracher le marché de lotissement aux Géomètres-Experts intègres pour le confier
à d'autres Géomètres-Experts ou aux techniciens géomètres de l'IGN-Bénin moins
intègres qui acceptent ces opérations frauduleuses. L'Ordre des
Géomètres-Experts doit non seulement dénoncer et condamner cette bassesse mais
et surtout doit contraindre les Géomètres-Experts et les Autorités de l'I.G.N-Béninà
ne pas accepter ce cadeau malsain. Ceci étant, le Géomètre-Expert intègre chargé
dudit lotissement sera rassuré et aura le courage de pratiquer l'équité et
l'éthique professionnelle en garantissant ainsi la réussite des opérations de
lotissement dans la plus grande transparence.
Quant à la conception du plan de
voirie et d'équipements sociocommunautaires sur fond de plan d'état des lieux,
il est vivement recommandable que cette opération soit confiée plutôt à un
urbaniste qu'à un simple architecte. Car l'urbaniste ou l'architecte urbaniste
maîtrise parfaitement les règles de l'art urbanistique, au sens de la définition
des conditions d'utilisation de l'espace et du sol et la pratique conséquente du
droit de l'urbanisme. La ville est un ouvrage complexe qui demande plus de soins
et d'attention qu'un bâtiment conçu par un architecte. La confection d'un plan
d'urbanisme fait appel naturellement aux méthodes et aux procédures juridiques.
Le droit appliqué à l'urbanisme est la description normée de ce qui doit être,
de ce vers quoi on veut aller. Notons que pour dégager des espaces devant
permettre la mise en place d'une voirie et d'équipements sociocommunautaires
dans la zone concernée par le lotissement, il est prévu un abattement à
appliquer à la superficie de chaque parcelle levée à l'état des lieux dans le
souci d'équité. C'est cet abattement qu'on appelle coefficient de réduction. En
effet le coefficient de réduction ne se décrète pas, il se calcule comme
ci-dessous:
- le rapport de la somme des superficies de la
voirie et des équipements sociocommunautaires projetés d'une part, et d'autre
part de la somme des superficies des parcelles levées à l'état des lieux plus
celle des rues existantes à l'état des lieux.
Si
S
S = la somme des superficies occupées par la voirie et les équipements
sociocommunautaires,
et
S
S = la somme des superficies des parcelles levées à l'état des lieux plus celle
des rues existantes à l'état des lieux. La formule générale adoptée pour le
calcul du coefficient de réduction est:
C =
S
S x 100 = C%
S
S
C'est ce coefficient qui, appliqué à chaque
superficie parcellaire levée à l’état des lieux, donne la superficie à attribuer
pendant les opérations de recasement à chaque présumé propriétaire de parcelle.
Des problèmes de superficie constructible ou
habitable se posent pour les présumés propriétaires de parcelle dont l'apport en
superficie à l'état des lieux est très petit; ceci peut donner lieu aussi à des
magouilles dans les calculs et l'établissement des documents de recasement si le
Géomètre-Expert chargé des opérations de lotissement n'est pas vigilant à tous
les niveaux.
Dans un même lotissement on peut avoir plusieurs
coefficients de réduction par zone; car on doit prendre en compte par zone la
densité d'occupation du sol au regard de la densité des voies déjà existantes.
Il va sans dire que les zones
marécageuses et les zones impropres à une construction ne doivent pas être
prises en con1pte dans une opération de lotissement. Malheureusement ce n'est
pas souvent le cas au Bénin.
E- Favoriser l'identification des villes
concernées par les opérations de lotissement.
Nos Géomètres-Experts, nos Urbanistes et nos
Paysagistes doivent faire usage de leurs talents, de leur savoir-faire en
évitant de concevoir des plans de lotissement vides de sens, monotones et
marqués par la banalité sans aucune référence. Sur la plupart des plans de
lotissement conçus par nos Urbanistes il n'existe souvent pas de repère pour
aller d'un quartier à l'autre.
En principe les opérations de lotissement (ou
d'urbanisme) doivent parvenir à valoriser le site concerné par lesdites
opérations. Le site loti doit permettre une découverte, une perception
inhabituelle ou particulière de celui-ci. Il doit offrir à l'usager (la
population) des images agréables, positives, qu'il prend plaisir à regarder à
chacun de ses déplacements. La végétation est un ingrédient indispensable pour
atteindre cet objectif. L'embellissement des entrées de ville est primordial.
Les éléments visuels positifs que sont les verdures, les monuments, les fleurs,
les beaux bâtiments donnent un bon équilibre entre le végétal et les colonnes de
béton. Les opérations de lotissement doivent améliorer l'image de marque de nos
villes. C'est-à-dire que des spécificités doivent marquer chacune de nos villes
qui n'a pas son pareil et qui font la renommée de ladite ville. L'environnement
de nos villes agit sur le comportement de ses habitants.
F- Les implications juridiques par rapport au
droit de propriété et aux Zones impropres à l'Habitation.
Est-ce que le droit de propriété est
entièrement garanti après les opérations de lotissement?
Pour répondre à cette question, le Bénin étant
une ancienne colonie française, nous allons nous référer à l'article 544 du Code
civil français (édition antérieure à 1960) qui fait de la propriété un droit
particulièrement fort, je cite:
«La propriété est le droit de jouir et disposer
des choses de la manière la plus absolue, pourvu qu'on n'en fasse pas un usage
prohibé par les lois ou par les règlements. » fin de citation.
De cette définition, on tire les trois
prérogatives du droit de propriété: l'usus, le fructus et l'abusus.
L'usus est la liberté de se servir de son
immeuble (la parcelle), en l'utilisant ou en le confiant à d'autres; le fructus
est le droit de retirer de son immeuble les fruits qu'il rapporte, par exemple
les loyers; l'abusus est le droit de disposer de l'immeuble (la parcelle), en le
donnant, en le léguant, en le démembrant ou en le vendant.
Le lotissement qui est une opération d'urbanisme
doit respecter le droit d'urbanisme qui limite deux des prérogatives du droit de
propriété aussi bien en France qu'au Bénin:
L’usus ne permet pas au propriétaire de faire
sur son terrain tout ce qu'il souhaite. Malgré le Code civil, dont l'article 552
alinéas 2 dispose, en France, par exemple: «le propriétaire peut faire au-dessus
toutes les plantations et constructions qu'il juge à propos », les propriétaires
sont soumis à une réglementation administrative, celle de l'urbanisme (et
également à celle de la construction) : construire une maison, installer un
supermarché, démolir une vieille bâtisse nécessitent une autorisation
administrative.
Au Bénin, l'autorisation d'urbanisme est régie
par le décret n° 89-112 du 24 mars 1989, portant réglementation de la délivrance
du permis de construire en République Populaire du Bénin, titre 1er
chapitre 1er,
en son article 2 dit, je cite: « le permis de construire est l'acte par lequel
une autorité publique constate à priori que des projets de construction peuvent
être autorisés au regard des différentes dispositions législatives ou
réglementaires aux quelles ces constructions peuvent être assujetties. Il est
délivré en fonction de normes techniques et non en considération de la personne
qui en devient titulaire.
Article 3 - Le permis de construire
sanctionne les règles d'urbanisme, de construction, de sécurité et d'hygiène. »
fin de citation.
. L’abusus ne permet pas au
propriétaire de disposer totalement de son immeuble. Il peut en être exproprié,
mais surtout il peut voir, dans certains cas, l'administration acquérir son
immeuble alors qu'il voulait le vendre à une autre personne: le Code de
l'urbanisme a prévu l'existence d'un droit de préemption (voir l'article 420 du
code général des impôts du Bénin qui régit ce droit).
Les zones impropres à l'habitation.
L'Arrêté N°0002/MEHU/DC/DEA du 7 février 1992,
définit les zones impropres à l 'habitation dans les articles suivants:
* Article 1er . Sur
tout le territoire de la république du Bénin, les zones définies à l'article 2
ci-dessous sont déclarées impropres à l'habitation.
* Article 2. Sont considérées comme zones
impropres à l'habitation, sans limitation:
- les mines et les carrières ;
- les terrains inondables, marécageux ou
mouvants;
- les lits des cours d'eaux;
- les berges des cours d'eau, des lacs
permanents ou saisonniers, sauf dispositions administratives contraires, sur une
distance de 100 m à partir de la limite des plus hautes eaux;
- les portions du littoral situées à moins de
100 m de la ligne des marrées hautes;
- les zones inondables;
- les zones sujettes à des pollutions nocives au
bon déroulement de la vie humaine.
* Article 3. Les zones impropres à
l'habitation sont exclues de tout aménagement spatial, urbain ou rural,
impliquant l'installation permanente des populations notamment les lotissements.
* Article 4. Les personnes installées
indûment dans d es zones impropres à l'habitation sont déclarées occupants
illégaux* (voir page 14).
Leur déplacement, le cas échéant, par les
autorités administratives compétentes, ne saurait être assujetti à un quelconque
dédommagement.
D'une façon générale les opérations de
lotissement après le recasement ne donnent pas droit à une reconnaissance de
droit de propriété. Les propriétaires de parcelle après l'opération de
recasement sont considérés comme des présumés propriétaires. Cependant, les
parcelles et les domaines qui, bien avant les opérations de levé d'état des
lieux, avaient fait l'objet d'une in1matriculation foncière conservent leur
valeur juridique et sont opposables au tiers. La forme géométrique de ces
parcelles et de ces domaines peut changer, mais ils conservent leur superficie
d'origine et leur localisation d'origine. Il s'agit là d'une jurisprudence
pratiquée dans les opérations de lotissement au Bénin.
Quoi qu'il en soit, lorsque les opérations de
lotissement sont effectuées dans la plus grande transparence et dans le respect
de l'équité et de l'éthique professionnelle, à l'issue des opérations de
recasement, les présumés propriétaires de parcelle jouissent d'une présomption
de reconnaissance de droit de propriété par leurs riverains, ce qui donne déjà
droit à une sécurité fol1cière. Il est loisible à chaque présumé propriétaire
après le recasement, de lancer la procédure d'immatriculation foncière au niveau
de la Direction des Domaines, de l'Enregistrement et du Timbre en vue de
l'obtention d'un titre foncier.
L'opacité observée dans les opérations de
lotissement au Bénin il y a bientôt deux décennies font que ces opérations ne
sont pratiquement jan1ais clôturées. La responsabilité des échecs connus dans
les opérations de lotissements revient au Géomètre-Expert chargé desdites
opérations, aux membres du comité de lotissement et notamment aux Autorités
municipales de la commune concernée.
Cependant si le financement des
opérations de lotissement est bien assuré du début desdites opérations jusqu'à
leur fin, le Géomètre-Expert intègre peut garantir la réussite des opérations de
lotissement dans un délai raisonnable sans aucune fraude. Il pourra à tout
moment s'opposer à toutes pressions négatives d'où qu'elles viennent. Il faut
aussi que l'ordre des Géomètres-Experts du: Bénin veille non seulement à
,l'observance du respect de l'éthique professionnelle et de la déontologie mais
aussi dénonce les Géomètres-Experts de mœurs légères. Ainsi l'aboutissement des
opérations de lotissement permettra l'épanouissement des citadins dans un cadre
de vie qui crée la convivialité, des rencontres sympathiques et une ambiance
sociale d'entraide entre les habitants d'un même quartier grâce à l'existence
des jardins publics et des lieux de loisirs judicieusement pris en compte dans
les opérations de lotissement.
Conclusion
Le souci d'urbaniser les différentes régions de
notre pays à partir des opérations de lotissement, en vue d'offrir un cadre de
vie adéquat aux populations est une bonne chose si ces opérations correctement
financées, se conduisent dans la transparence, dans un délai raisonnable et
permettent entre autres de recenser les différentes contestations foncières qui
doivent être portées devant les tribunaux. Par ailleurs un bon lotissement
conduit dans une parfaite transparence fait disparaître automatiquement les
fraudes qui sont monnaies courantes dans les opérations de lotissement au Bénin
et par voie de conséquence il rétablit la sécurité foncière. La réussite d'une
opération de lotissement dépend donc de la compétence et de l'intégrité du
Géomètre-Expert chargé du lotissement d'une part, et d'autre part du .
patriotisme et du degré de moralité des Autorités municipales concernées. Il est
vivement recommandable la suppression pure et simple des comités de lotissement
qui abusent dangereusement de la naïveté des populations concernées en créant
des faux frais et surtout des conflits qui font durer les opérations de
lotissement. La
responsabilité exclusive du géomètre lotisseur
permettra alors de résoudre la problématique de l'exécution des décisions de
justice et garantir la sécurité juridique des terres de tenure coutumière.
Tout compte fait les implications juridiques me
paraissent aussi importantes que les implications environnementales dans les
opérations de lotissement en République du Bénin. C'est pourquoi on doit inviter
les Géomètres-Experts et les Urbanistes à pratiquer non seulement la
transparence dans les opérations de lotissement pour faire abolir les
contestations foncières au niveau des tribunaux, mais aussi à créer dans chaque
quartier loti un environnement confortable comportant des espaces verts, des
lieux de loisirs, des places publiques et des avenues bordées d'arbres. Ainsi,
désormais prendront fin les lotissements sauvages qui se pratiquent actuellement
au Bénin en dépit des règles élémentaires d'urbanisme et notamment contre
l’épanouissement de l’Homme.