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1er août 1960 – 1er août 2007: 47 ans d’indépendance
Le Bénin face à des enjeux majeurs
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| 31 Juillet 2007 |
En prélude à la célébration du 47ème anniversaire de l'accession du Bénin à
l'indépendance, sonangnon.net en collaboration avec le journal le Confrère de la
Matinée vous proposent un spécial dossier intitulé: 1er août 1960 – 1er août 2007: 47 ans
d’indépendance (Le Bénin face à des enjeux majeurs)
Nouvelle page 1
Le 1er août est le 213è
jour de l’année (214è en cas d’année bissextile) du calendrier grégorien. Selon
le calendrier celte, c’est le jour de la fête druidique de Lugnasad.
C’est le 1er
août 1960 que la République du Bénin accède à la souveraineté internationale.
Pays d'Afrique occidentale d’une population estimée à environ 7.513.946
habitants en 2006, et couvrant une superficie de 112.622 km2, le Bénin s'étend
sur 670 km, du fleuve Niger (au nord) à la côte atlantique (au sud). Le pays a
comme voisin, le Togo à l'ouest, le Nigéria à l'est et le Niger et le Burkina
Faso au nord. Le Bénin après 47 ans d’indépendance fait toujours face à des
enjeux majeurs.
Le Dahomey indépendant (depuis 1960)
Au lendemain de l’indépendance, une
nouvelle constitution est votée, un nouveau parti PDU ‘Parti dahoméen de
l’unité) est créé en décembre 1960 et le pays est divisé en six départements.
Cependant, c’est dans un climat de
difficultés économiques que le Bénin évolue. Ainsi, les douze premières années
sont marquées par une forte instabilité. Civils et militaires se succèdent sans
pouvoir jeter les bras d’un Etat moderne.
Les années instables (1960-1972)
*un jeune Etat face à des enjeux majeurs
sur le plan économique, le jeune Etat
dispose de très peu de ressources naturelles et financières pour faire face à
ses responsabilités de consolidation de la souveraineté nationale et à la mise
en place d’une économie prospère : le palmier à huile est le seul produit
d’exportation aux revenus substantiels, le budget de l’Etat est essentiellement
fiscal, les entreprises industrielles quasi inexistantes alors que les effectifs
de la fonction publique atteignent des chiffres importants.
Sur le plan social, la désarticulation
sociale induite par la colonisation se poursuit et aggrave les difficultés du
nouvel Etat.
Au sommet de la pyramide sociale se
trouvent les nouveaux détenteurs du pouvoir, répartis dans la haute
administration, le commerce, les Eglises. Suivent les fonctionnaires, les agents
de commerce assez aisés mais ne possédant pas de moyens de production. A
l’échelon inférieur on trouve les artisans, les petits commerçant et les
agriculteurs ; les revenus des deux premiers sont souvent insuffisants pour
satisfaire leurs besoins, ce qui les oblige à rechercher des appoints dans
l’agriculture, notamment en période de soudure ou de crise économique, ou sur
des chantiers où ils vendent leur force de travail de façon temporaire.
Les paysans, qui représentent la
majorité de la population (90 %), ont des conditions de vie précaires, en raison
de la chute du cours des produits agricoles et de l’augmentation parallèle de la
fiscalité. Au total, les germes de mécontentement sont nombreux au sein de la
population et prêts à exploser à la moindre étincelle.
*La menace d’éclatement de l’Etat.
La crise identitaire et l’affirmation
des régionalismes viennent compliquer cette situation et fragiliser les bases de
l’Etat. Les oppositions les plus fortes résident entre le Nord et le Sud du
territoire, nourries et entretenues par les hommes politiques. L’exacerbation de
ce phénomène par la démagogie électorale a déchaîné un peu partout des tendances
centrifuges allant jusqu’aux menaces de sécession brandies par des politiciens.
L’instabilité gouvernementale est donc grande, aucun régime n’arrivant à durer
plus de deux ans.
Louis Hunkanrin pionnier du mouvement
démocratique et national
Louis Hunkanrin a été, dans les rangs
des intellectuels, un résistant remarquable à l’oppression coloniale. Il est né
le 25 novembre 1886 à Porto-Novo. Après de brillantes études au Dahomey puis à
l’Ecole Normale de Saint-Louis au Sénégal, il est nommé instituteur adjoint à
l’école laïque de Ouidah en 1906. très tôt, il devient le modèle du bon
instituteur et se voit proposé, en 1909, la titularisation.
Toutefois, les convictions politiques de
Louis Hunkanrin notamment son amour pour la liberté, sa passion pour l’égalité
et sa haine de l’injustice, lui attirent très tôt la foudre des autorités
coloniales et compromettent sa carrière professionnelle. Ainsi est-il révoquer
par décision du gouverneur Malan en avril 1910.
Un idéaliste engagé
Dès lors, Louis Hunkanrin devient le
porte-drapeau de tous les opprimés de la colonie, attirant par la même occasion,
une répression permanente sur sa personne. Ainsi, de 1911 à 1912, il subit deux
condamnations dont il purge un an à Dakar.
A partir de 1915, Louis Hunkanrin tisse
les mailles d’une importante structure organisationnelle clandestine qui sert de
support au travail d’agitation. Puis l’effort déployé pour dénoncer çà et là les
abus des administrateurs coloniaux est systématisé avec la création du Récardère
de Béhanzin, premier journal écrit par les Dahoméens et qui paraît de février
1916 à juin 1917. dans la même optique, il fonde en 1920 le Messager du Dahomey
à Paris, où l’avait conduit sa mobilisation à l’occasion de la Grande Guerre.
De retour au Dahomey en 1921, il est
jeté en prison, accusé d’être « socialiste, anarchiste, communiste notoire ».
En 1923, bien qu’étant en prison, il est
accusé d’être l’un des meneurs des soulèvements de la population de Porto-Novo.
Condamné à dix ans de déportation, il est exilé en Mauritanie. Il continue le
combat en tenant une volumineuse correspondance aux amis et aux autorités, où il
explique le sens de son combat : la quête de la justice et le refus de
l’oppression.
Accusé par les autorités vichystes
« d’espionnage au compte de l’Angleterre », il est arrêté le 1er
janvier 1941, emprisonné à Cotonou, embarqué pour Dakar en septembre, jugé et
condamné à mort. Sa peine annulée, il est néanmoins astreint à la réclusion au
Soudan français. Il est libéré le 15 décembre 1947 et rentre au Dahomey.
Louis Hunkanrin s’occupe alors de ses
affaires personnelles (notamment imprimerie et palmeraies) jusqu’à sa mort le 28
mai 1964.
Les coups d’Etat du général Soglo
Ainsi, Maga, élu président de la
république en novembre 1960 et qui crée avec Apithy le Parti dahoméen de l’unité
(PDU), est victime d’un coup d’Etat mené par Christophe Soglo, chef d’état
major, à la suite du soulèvement populaire d’octobre 1963.
Sur la base d’une nouvelle constitution,
la Deuxième République est proclamée le 24 janvier 1964 avec Apithy comme
Président et Ahomadegbe comme vice-président. Mais ils sont à nouveau chassés du
pouvoir par le général Christophe Soglo, qui s’installe comme président le 22
décembre 1965.
Les coups d’Etat de Kouandeté
Le 17 décembre 1967, les jeunes cadres
de l’armée dirigés par le commandant Maurice I. Kouandeté renversent Soglo. Le
Comité militaire révolutionnaire (CMR) qu’ils constituent nomme le
lieutenant-colonel Alley à la présidence, dans l’attente des élections prévues
pour mai de la même année.
Le gouvernement vote dans les semaines
qui suivent un décret interdisant aux anciens. Les trois leaders traditionnels
(voir encadré p. 36) se retrouvent donc écartés du scrutin et appellent au
boycott des élections de mai. Seuls 26 % des électeurs participent au scrutin.
L’élection du 5 mai 1968 est donc
invalidée et les militaires décident de confier le pouvoir au D. Emile Derlin
Zinsou, investi président de la république le 17 juillet 1968.
Le nouveau chef d’Etat invite à la
cohésion nationale en faisant participer toutes les composantes sociales et
ethniques du pays. Son parti politique, l’Union pour le renouveau du Dahomey,
n’obtient qu’un appui limité. Les fonctionnaires et les élèves à travers des
mouvements de grèves se désolidarisent vite de son action sociale.
Sur le plan politique, le colonel Alley
est arrêté et condamné pour tentative de complot contre l’Etat. D’où une grande
tension, qui aboutit à la mise à l’écart de Zinsou le 10 décembre 1969 par
Maurice Kouandété. Le pays est à nouveau aux mains des militaires. Mais cette
fois, ils vont y associer les trois leaders du Bénin et organisent des
élections.
Vers un Etat révolutionnaire
Les élections présidentielles et
législatives départementalisées, organisées à partir de mars 1970, font courir à
la nation un danger de guerre civile. Les militaires arrêtent les opérations
électorales en avril et exigent de Maga, d’Ahomadegbe et d’Apithy qu’ils
s’entendent.
Ainsi naît le Conseil présidentiel
composé des trois leaders et qui devait être présidé à tour de rôle pendant deux
ans par chacun. Maga inaugure le système jusqu’en mai 1972, suivi par Ahomadegbe.
Celui-ci doit faire face à une crise budgétaire, aux remous consécutifs à la
réforme de l’Education nationale et à une opinion de moins en moins favorables à
sa cause. Cela favorise un nouveau coup d’Etat : le 26 octobre 1972, l’armée
reprend le pouvoir et son porte-parole, le commandant Mathieu Kérékou, lit une
déclaration qui se termine par « Vive la Révolution ».
Le général Christophe Soglo
Il est né le 28 juin à Abomey.
Après avoir effectué avec brio une
quarantaine de campagnes militaires de 1932 à 1960 au Sénégal, Maroc, en
Algérie, à l’île d’Elbe, en France ET EN Indochine, il est rapatrié sur le
Dahomey, où il débarque à Cotonou le 10 mars 1960. il est nommé conseiller
militaire auprès du gouvernement de la République du Dahomey.
Les coups d’Etat du général
Après son coup d’Etat d’octobre 1963, le
général Soglo est nommé chef du gouvernement provisoire jusqu’en janvier 1964,
où il devient chef d’état-major général des forces armées. Il chasse Apithy du
pouvoir en décembre 1965 pour lui succéder.
Il est à son tour victime d’un coup
d’Etat militaire dirigé par le jeune garde. Le lieutenant-colonel Alley lui
succède donc à la présidence en décembre 1968. Soglo part alors en exil en
France et ne retourne au Bénin que peu de temps avant sa mort en 1984.
Les trois leaders traditionnels du
Dahomey indépendant
Les douze première années d’indépendance
du Dahomey furent dominées par trois personnalités dont les alliances nouées et
dénouées orientèrent l’évolution politique du pays.
Marcellin Sourou Migan Apithy
Né en 1913 à Porto-Novo, il fit ses
études primaires à l’école catholique de cette ville. D’abord gérant dans une
maison de commerce à Savalou, il entra en politique en 1945. il profita de son
mandat parlementaire en France pour devenir expert-comptable. Il fonda en 1951
le Parti républicain du Dahomey (PRD).
Devenu président en janvier 1964, il est
chassé du pouvoir deux ans plus tard par un coup d’Etat militaire organisé par
le général Soglo. Il s’exile en France et revient au Bénin après le renversement
du président Zinsou en 1969. rejoignant les deux autres leaders traditionnels (Maga
et Ahomadegbe), Apithy forme le Conseil présidentiel, que chacun d’eux devait
présider pendant deux ans. Mais il n’aura pas l’occasion d’exercer cette
fonction puisqu’en 1972, lors du coup d’Etat, Mathieu Kérékou le place en prison
jusqu’en 1981. en mauvais santé à sa sortie de prison, il meurt en 1989.
Hubert Coutoucou Maga
Né en août 1916 à Parakou, il fut admis
à l’école primaire supérieure de Porto-Novo après l’obtention du certificat
d’études primaires. A l’issue des trois années d’études dans cet établissement,
il choisit de poursuivre sa formation à l’école William Ponty à Gorée, d’où il
sortit instituteur en 1935. il crée en 1948 le Groupement ethnique du Nord
(GEN), devenu en 1952 Mouvement démocratique du Dahomey (MDD), puis en 1957
Rassemblement démocratique dahoméen (RDD). Il fut le premier président de la
république du Dahomey en novembre 1960. il est renversé en 1963 par un coup
d’Etat et le pouvoir revient au général Soglo. Après des années d’exil en
France, il revient au Bénin au sein du Conseil présidentiel, formé avec Apithy
et Ahomadegbe en 1970. il prend la présidence du pays jusqu’en 1972, pour
laisser ensuite le pouvoir à Justin Ahomadegbe. Lors du coup d’Etat de Mathieu
Kérékou en octobre 1972, il est emprisonné. Libéré en 1981, il meurt en 2000.
Justin Tomètin Ahomadegbe
Né 1917 à Abomey, il obtint le
certificat d’études primaires avant d’entrer à l’école primaire supérieure de
Porto-Novo. Elève ensuite de l’école William Ponty, il en sortit diplômé de
médecine en 1941. Ahomadegbe crée en 1956 l’Union démocratique dahoméenne (UDD).
Président de l’Assemblée nationale
d’avril 1959 à novembre 1960, il intègre le gouvernement de Sourou Apithy en
tant que chef du gouvernement et vice-président en 1963. membre du Conseil
présidentiel, formé avec Maga et Apithy en 1970, il préside le pays en mai 1972
à la suite de Maga et jusqu’au coup d’Etat c’octobre 1972 de Mathieu Kérékou.
Emprisonné, il est libéré en 1981 et meurt en mars 2002.
Emile Derlin Zinsou
Emile Derlin Zinsou est né le 22 mars
1918 dans une pieuse famille catholique, à Ouidah où son père instituteur était
en Poste. Il fréquente l’école William Ponty de Dakar, section « Médecine »,
jusqu’en 1940.
Les premiers pas dans l’arène politique
En 1945, Zinsou a été l’un des
principaux animateurs des comités électoraux qui ont assuré la victoire du
premier député du Dahomey, Sourou Migan Apithy. Lui-même est élu en 1946
conseiller de l’Union française. En effet, grâce à l’unité de toutes les élites
au sein de l’Union progressiste dahoméenne (UPD), on assiste en 1946-1947 à une
distribution des rôles assez impressionnante. Mais l’UPD ne subsiste pas
longtemps. Son éclatement à partir de 1947 et la création à partir de 1951 des
premiers partis dominés par la logique du terroir amènent Zinsou à s’engager
dans le combat pour le fédéralisme « aofien ». il occupe alors divers postes
ministériels dans les gouvernements de l’autonomie puis du début de
l’indépendance.
L’expérience du pouvoir
En 1968, après l’invalidation de
l’élection présidentielle du 5 mai, les militaires décident de confier le
pouvoir à Zinsou. Celui-ci, pour s’assurer une présidence légitime, demande au
peuple par voix de référendum de se prononcer. Plus de 60 % de la population lui
affirme son soutien. sur le plan politique, le régime crée l’Union pour le
renouveau du Dahomey (URD) et, sur le plan économique, des mesures d’austérité
financière sont renforcées pour « redresser le pays ». cependant, la situation
économique, reste précaire et de vives tensions s’installent dans le pays, car
es mesures ne sont pas au goût de tout le monde. Les premiers foyers de tension
furent ceux des fonctionnaires et des étudiants. Le 10 décembre 1969, l’armée
renverse le gouvernement du président Zinsou.
En 1970, Zinsou refuse de s’associer à
la formule du Conseil présidentiel. Il passe la période révolutionnaire en exil
avec à la clé deux condamnations à mort pour tentative de renversement du
régime. Revenu au pays à la faveur de l’armistice général de 1989, il participe
activement à la conférence nationale des forces vives. Réconcilié ensuite avec
le président Kérékou, il devient son conseiller spécial après sa réélection en
2001.
Le Bénin de la Révolution (1972-19990)
*Le soutien populaire
Le « Vive la Révolution » qui termine la
proclamation du 26 octobre 1972 semble indiquer la mise en place d’une politique
progressiste, favorable aux masses laborieuses et aux couches populaires.
Les premières mesures des militaires
tendent à susciter l’enthousiasme des populations : progrès des libertés
démocratiques, création d’un Conseil national de la Révolution, composé de
militaires désignés dans les syndicats et les mouvements de jeunes et de femmes.
Les militaires installent une commission
technique pour évaluer les ressources de l’Etat et faire des propositions
d’actions. Dans tous les secteurs, le peuple est organisé en « comités de
défense de la Révolution ».
Au sein du Comité national de la
Révolution (CNR), créé en septembre 1973, toutes les couches sociales de la
population peuvent donner leur avis sur les choix stratégiques à faire pour le
développement du pays. Cependant, l’orientation marxiste-léniniste ne s’affirme
réellement qu’en 1974.
*Le durcissement du régime
Le 30 novembre 1974, le socialisme
scientifique est proclamé voie de développement et le marxiste-léniniste, guide
philosophique de l’Etat. Le 30 novembre 1975, le Dahomey devient la République
populaire du Bénin, et le Parti de la Révolution Populaire du Bénin (PRPB),
parti unique, est créé.
La loi fondamentale du 26 août 1977
prescrit la soumission de toutes les institutions, dont l’Assemblée nationale,
au PRPB. C’est réellement à partir de ce moment que la répression s’abat sur les
opposants réels ou supposés accusés de sabotage ; ils sont emprisonnés ou
contraints à l’exil.
Cette répression n’épargne personne, pas
même l’Eglise catholique très puissante dans le pays ; elle se traduit par des
arrestations politiques et la prise en charge par l’Etat des établissements
confessionnels sans aucune indemnisation de leurs propriétaires. Dans la série
des arrestations arbitraires, quelques prêtres furent détenus, le cas le plus
remarquable étant celui de l’abbé Alphonse Quenum, qui séjourna plus de neuf ans
à la prison civile de Cotonou, après avoir été accusé de complicité de coup
d’Etat et condamné à mort. Quant aux laïcs, ceux qui payent le plus lourd tribut
à la répression policière sont les syndicalistes, les élèves et étudiants.
*Le marasme économique
Dans les années 1980, le pays va
progressivement plonger dans une crise profonde aux dimensions multiples.
Au plan économique, on assiste à la
faillite de nombreuses entreprises nationalisées ou hâtivement créées : banques,
unités de production industrielle et commerciale comme la SONAPRA (Société
nationale pour la promotion de l’agriculture), rien n’échappe à la décrépitude
montante. Les longs mois d’arriérés de salaires des fonctionnaires aboutissent
aux débrayages et aux grèves, à la baisse générale des activités économiques, au
gel des activités pédagogiques, à la paralysie de la fonction publique. Les
compressions et les licenciements massifs dans les entreprises et autres
établissements, les liquidations de sociétés débouchent sur le chômage et les
manifestations violentes dans les rues. Le régime du PRPB provoque ainsi, à
l’unanimité, les critiques et toutes les couches de la société béninoise.
*Vers la fin de « l’ère Kérékou 1 »
Le mécontentement à l’intérieur grandit,
renforcé par la contestation des exilés. Dès 1977, certains avaient tenté de
renverser le régime avec un débarquement de mercenaires conduit par Bob Denard.
Cette fois-ci leurs actions prennent plus d’ampleur et de consistance
organisationnelle. Ainsi à la fin de 1989, l’homme d’affaire Séverin Adjovi
organise à Versailles une conférence dont les participants constatent la
situation catastrophique du pays et préconisent des voies de sortie, en
l’occurrence la libéralisation politique et le libéralisme économique.
Les autorités ne peuvent que céder. Les
6 et 7 décembre 1989 se tient une session conjointe extraordinaire des instances
supérieures du parti et de l’Etat : le comité central du PRPB, le conseil
exécutif national et le permanent de l’Assemblée nationale révolutionnaire. La
réunion, après avoir analysé la situation de crise dans laquelle le pays se
trouvait plongé avec une paralysie générale des appareils productif et
administratif, prend de grandes décisions, dont la plus importante au regard de
l’avenir est le projet de convocation d’une conférence nationale des forces
vives. Effectivement, le président Kérékou installe solennellement, le 22
décembre, un comité national préparatoire de la conférence, présidé par maître
Robert Dossou, ministre du plan. C’est dès lors l’effervescence dans toutes les
couches de la population. En effet, si quelques rares groupes politiques,
notamment le parti communiste du Dahomey, considèrent la conférence comme « une
vaste supercherie », pratiquement toutes les associations politiques,
économiques, sociales et culturelles y voient l’occasion à saisir pour engager
le pays dans la voie d’une évolution pacifique et le débarrasser de la dictature
monolithique du PRPB.
Mathieu Kérékou, président de la
République du Bénin.
Né le 2 septembre 1933 à Kouarfa dans l’Atacora,
Mathieu Kérékou fait ses études primaires dans la localité. Il entre ensuite aux
écoles des enfants de troupe de Kati au Mali et de Saint-Louis au Sénégal.
Enfin, il s’engage dans l’armée française et reçoit des formations à Fréjus,
Montpellier, puis à l’Ecole d’état-major à Paris.
La prise de pouvoir
Après l’indépendance, il devient aide de
camp du premier président de la République, Hubert C. Maga. En 1965, il est
Président du Comité militaire révolutionnaire. Mais c’est en 1972 qu’il fait son
apparition fracassante sur la scène politique : porte-parole des putschistes du
26 octobre, il prend la tête d’un pouvoir qu’il dirige sans discontinuer pendant
dix-huit ans, grâce à l’installation d’un régime marxiste-léniniste à parti
unique.
Du marxiste-léninisme à la démocratie
Face à l’échec économique du régime et à
l’agitation sociale qu’il a engendrée, Mathieu Kérékou réunit en 1990 la
conférence nationale des forces vives, une première sur le continent. Cette
conférence engage le pays sur la voie de la démocratie pluraliste et de la
libération économique. Elle instaure une transition conduite par Nicéphore Soglo
en tant que Premier ministre, le général Kérékou demeurant président de la
république. En 1991, Mathieu Kérékou perd l’élection présidentielle contre
Nicéphore Soglo.
Le retour par les urnes.
Mais en 1996, la quasi-totalité des
opposants au président Soglo se rallie à la candidature du général et favorise
ainsi son retour inattendu au pouvoir. Il est réélu en 2001 pour un nouveau
mandat de cinq ans, ce qui fait de lui un chef d’Etat à force longévité à la
tête de son pays puisqu’il totalisera une trentaine d’années à la fin de son
mandat.
Le retrait définitif de la scène
politique.
Le dernier mandat de Kérékou est marqué
par un recul de l’activité économique du pays dans un climat de corruption
galopante. Les élections présidentielles de mars 2006 (pour lesquelles Kérékou
n’a pas été constitutionnellement autorisé à se porter candidat compte tenu
notamment de la limite d’âge qui le frappe) consacrent Yayi Boni, un nouveau
venu sur la scène politique et marquent le retrait du Caméléon de la scène
politique béninoise.
Un nouveau nom pour un « nouveau pays ».
En débaptisant le pays (le Dahomey
devient le Bénin), les nouvelles autorités ne fournissent elles-mêmes aucune
explication à leur décision. Par la suite, diverses interprétations seront
apportés, notamment par les intellectuels. Pour certains, ce serait une manière
de redonner vie et de rendre hommage à un ancien royaume de la région (dans
l’actuel Nigeria) à la manière du Soudan français devenu Mali ou de la Gold
Coast baptisée Ghana à l’indépendance. Pour d’autres encore, les auteurs de la
décision étaient mus par des sentiments régionalistes, voulant se débarrasser du
nom Dahomey dérivé de Danhomè, dans lequel ils ne se reconnaissent pas
originellement et historiquement.
Extrait du discours du président Kérékou
à l’ouverture de la conférence nationale
[…] « La Charte d’union nationale sera
l’expression concentre, vivante et tangible de la maturité politique de notre
peuple qui aura ainsi montré à la face du monde et devant l’Histoire la force de
son génie créateur, et sa capacité à trouver, dans les ressources inépuisables
de son esprit, les réponses aux défis que lui lance la conjoncture économique
difficile actuelle, et à faire face avec patriotisme, efficacité et succès aux
exigences qui découlent de la libération de notre économie nationale.
La Charte d’union nationale sera aussi
la matérialisation du pacte sacré conclu entre toutes les Béninoises et les
Béninois à quelque sensibilité politique qu’ils appartiennent, autour du seul et
unique enjeu que constitue le salut national.
La Charte d’union nationale sera enfin
le symbole d’un nouveau contrat politique de toutes les composantes de la
communauté national, fermement résolues à promouvoir dans notre pays une
véritable démocratie, l’application rigoureuse des principes intangibles du
fonctionnement d’un Etat de droit, fondé sur le respect scrupuleux des droits de
l’homme et des libertés publiques, tout en préservant la stabilité politique,
l’unité nationale et la paix sociale.
Ainsi, cette Charte servira de documents
de base pour l’élaboration d’une nouvelle Constitution à soumettre à
l’approbation du peuple béninois tout entier ».
Conférence nationale des forces vives,
Documents fondamentaux, ONEPI, 1990.
Le Bénin du renouveau démocratie (depuis
1990).
*La conférence nationale des forces
vives et la transition (1990-1991).
La conférence nationale des forces vives
(19 février 1990)
Le 19 février 1990 s’ouvre à Cotonou la
conférence nationale des forces vives, chargée d’élaborer une Constitution qui
garantisse les droits de l’homme et les libertés fondamentales. Elle est
présidée par monseigneur de Souza, archevêque de Cotonou, élu à l’unanimité, qui
déclare la souveraineté de la conférence ainsi que le général Kérékou finit par
reconnaître. Regroupé dans de multiples organisations politiques ou sociales ou
tout simplement répondant à l’appel spontané et entraînant de la rue, le peuple
dans toutes se couches soumet comité préparatoire et les délégués de la
conférence à une forte pression. Au terme de cette conférence, des organes de
transition sont mis en place pour une période de un an, avec pour mission,
l’élaboration d’élections générales.
La conférence nationale du Bénin fut en
Afrique une première qui étonna le monde : le passage pacifique d’un régime de
dictature militaire à une démocratie pluraliste. Ce succès peut s’expliquer par
trois facteurs notamment : la moralisation générale du peuple, la forte
personnalité de Mgr de Souza et le réalisme politique du président Kérékou.
Le gouvernement de transition
Le 1er mars 1990, un nouveau
régime politique démocratique naît lorsque la République populaire du Bénin
devient la République du Bénin et que la Constitution de 1977 est abrogée.
Le 9 mars 1990, le Haut Conseil de la
République est créé et présidé par Mgr de Souza, faisant office d’assemblée
législative ainsi que de Cour constitutionnelle pour contrôler l’application des
décisions de la conférence nationale. Enfin, une Commission constitutionnelle
est mise en place avec la mission d’élaborer une nouvelle loi fondamentale. La
conférence maintient le président Kérékou dans ses fonctions (chef suprême de
armées et représentant de l’Etat) tout en nommant Nicéphore Soglo au poste de
premier ministre gouvernement de transition.
Le 1er août 1990, la fête de
l’indépendance nationale est rétablie et l’ancien drapeau tricolore du Dahomey
hissé. Pendant la période de transition, le gouvernement applique les décisions
de la conférence nationale : remettre le pays au travail, relance les activités
économiques, restaurer l’autorité de l’Etat, préparer les élections
Constitution
Adoptée par le Haut Conseil de la
République le 9 août 1990, la Constitution est ratifié par le peuple le 2
décembre et promulguée le 11 décembre 1990. Elle consacre le régime démocratique
dans lequel le peuple est souverain et désigne lui-même ses dirigeants, et pose
les principes d’un « Etat de droit.
Mars 1991 : Soglo, premier président élu
démocratiquement
Le scrutin législatif est organisé le 17
février 1991. l’Assemblée compte 64 députés représentant 21 partis. Elle est
présidée par maître Adrien Houngbédji. L’élection présidentielle qui suit, voit
la victoire le 24 mars, au second tour, de N. Soglo sur M. Kérékou (67,5 contre
32,5 %).
Au cours de sa campagne électorale,
Nicéphore Dieudonné Soglo a axé son programme d’action autour des points
essentiels que la consolidation de la démocratie, le redressement de l’économie
et le renforcement des solidarités pour plus de cohésion nationale. La mise en
œuvre de e programme a permis des avancés significatives.
Le nouveau président, chef de l’Etat et
du gouvernement, est élu pour un mandat de 5 ans, renouvelable une fois.
*Le Bénin sous Soglo (1991-1996).
Les réformes politiques, économiques et
sociales.
Le renforcement de l’Etat de droit.
Les différentes institutions prévues par
la Constitution et dont le rôle, comme contrepoids, conditionne le
fonctionnement harmonieux de l’état démocratique, ont toutes été installées
officiellement par le chef de l’Etat. Il s’agit notamment de la Cour
constitutionnelle en 1993, du conseil économique et social et de la Haute
Autorité de l’audiovisuel et de la communication en 1994. par ailleurs, la
constitution a établi un régime de séparation des pouvoirs. Mais le dialogue et
la collaboration s’imposent absolument entre les institutions de la République,
non seulement pour prévenir les crises et en atténuer les effets, mais surtout
pour aider au bon fonctionnement de celles-ci, dans un esprit de cohérence et de
complémentarité. Pour toutes ces raisons, le président Soglo a créé dès 1991, au
sein de son gouvernement, un ministère chargé des relations avec le parlement,
porte-parole du gouvernement, devenu en 1995 ministère chargé des relations avec
les institutions porte-parole du gouvernement. Cette structure s’est attachée à
suivre pour le compte du gouvernement l’activité des autres institution qui
s’expriment dans la classe politique en général, à informer la population sur
l’action du gouvernement. Toutes ces actions trouvent leur fondement dans
l’esprit du consensus né de la conférence nationale des forces vives.
Cette politique est appuyée par l’effort
de moralisation de la vie publique, la réforme de l’administration territoriale,
le renforcement des capacités de l’appareil judiciaire, la réorganisation des
forces armées et de sécurité, une politique extérieure au service de la paix et
du développement.
La restructuration de l’économie
nationale
La réorientation de la politique
économique est basée sur les règles du marché, et dans un cadre libéral.
Elle s’est traduire en premier lieu par
la réforme des finances publiques. Ainsi, le solde primaire, qui représente
l’excédent des recettes totales sur les dépenses de souveraineté, a été positif
grâce à la réduction de la taille de la fonction publique, la réduction de la
masse salariale et la réforme fondamentale des procédures et de la comptabilité
budgétaire. Au final, les résultats macro-économiques sont ajustés et le taux de
croissance négatif avant 1990 (-3 %) atteint une moyenne de + 4,4 % sur la
période 1990-1994.
Par ailleurs, un programme de
privatisations et de restructuration des entreprises étatiques a permis
l’ouverture aux partenaires étrangers et nationaux.
Le renforcement de la solidarité
nationale.
La réhabilitation et la création des
infrastructures routières ont été remarquables. Avec l’électrification,
l’adduction d’eau, l’hydraulique villageoise, les échanges entre les différentes
régions du pays sont renforcés. Par ailleurs les mesures sociales sont prises en
faveur des personnes âgées, des femmes et des enfants.
Les limites du libéralisme.
L’inflation galopante.
La dévaluation du franc CFA de janvier
1994 a entraîné une crispation de l’économie béninoise, en particulier avec une
inflation sans précédent. En effet, l’inflation est passée de 4,2% en 1994, et
tous les postes sont affectés.
L’Etat doit donc, par des mesures
d’austérité, relever ce nouveau défi et maîtriser l’inflation, qui freine la
marche de l’économie et l’avancée des réformes.
Le mécontentement national
La dévaluation et les engagements pris
auprès des bailleurs, dont le MI, perturbent le climat social au Bénin. On tient
les réformes libérales du gouvernement pour responsables de la mise au chômage
des travailleurs des entreprises publiques privatisées ou la compression du
personnel des entreprises et le départ des fonctionnaires exigé par le FMI dans
le cadre du programme d’ajustement structurel, l’instauration de la TVA créent
le mécontentement et la grogne chez les étudiants, les travailleurs et les
commerçants.
De plus, conséquence de la dévaluation,
les biens de première nécessité ont vu leur prix tripler au minimum, rendant la
vie plus dure à toutes les catégories socioprofessionnelles.
Durant le premier trimestre 1994, les
élèves et les étudiants se mettent en grève. Ils exigent le doublement de leurs
bourses. Des violences sont perpétrés au sein des établissements scolaires et
finissent par exacerber la colère des professeurs, qui se mettent à leur tour en
grève.
C’est dans ce contexte que se déroulent,
en mars 1995, le élections législatives menées par les leaders d l’oppositions :
Albert Tévoèdjrè (Notre Cause commune), Bruno Amoussou (PSD), Adrien Houngbédji,
président de l’Assemblée sortante (Parti du Renouveau Démocratique). Soglo et
ses alliés n’obtiennent que 32 sur les 42 requis pour la majorité. L’opposition
s’organise donc avec Houngbédji à sa tête pour la course aux présidentielles.
C’est dans ces conditions que se tient l’élection présidentielle de 1996.
Les présidentielles de 1996.
Malgré la confiance internationale
placée en Soglo et les différents efforts conduits par ses gouvernements
successifs pour faire du Bénin un Etat moderne, le peuple réclame davantage de
changements. Force est de reconnaître que le style Soglo ne séduit pas les
Béninois.
Cette situation favorise le retoure
d’anciens comme Mathieu Kérékou.
Le général Kérékou, soutenu par
l’ensemble de toutes les oppositions du président Soglo, se proclame le «
candidat des marginalisés ». Il emporte avec 52,49 % des voix l’élection
présidentielle.
*Le retour de Kérékou ; nouveaux espoirs
et nouvelles interrogations.
Kérékou 2 : 1996-2001.
Le Bénin, avec le retour au pouvoir de
Mathieu Kérékou, « le caméléon », s’installe dans une véritable démocratie
fonctionnelle en choisissant l’alternance.
Le peuple semble avoir foi dans l’élite
politique et beaucoup placent leurs espoirs dans ce nouveau gouvernement.
Les grandes orientations du
gouvernement.
Le programme d’action du gouvernement
(PAG) affirme vouloir « faire du Bénin un pays uni et stable, où règnent la
paix, la concorde et la tolérance, et dans lequel la promotion des valeurs
intellectuelles, sociales et morales sont placées sous le signe de Dieu ».
Ainsi, outre les thèmes récurrents de
promotion de la démocratie, de sauvegarde de l’unité nationale, un accent
particulier est mis sur la solidarité et le partage pour la réduction de la
pauvreté, d’où le concept du « minimum social commun » destiné à garantir la
satisfaction des besoins fondamentaux : santé et éducation, logement et
vêtements, eau potable et électricité, sécurité alimentaire…
Le changement dans la continuité
La politique des grands travaux lancée
par le gouvernement précédent a été poursuivie, notamment dans le domaine des
infrastructures : routes, bâtiments administratifs, écoles, centres de santé. De
même, en direction des zones rurales, en direction villageoise est renforcée.
La libéralisation accélérée de
l’économie montre que le général Kérékou a définitivement rompu avec les
conceptions étatistes de la période révolutionnaire. En votant le 3 septembre
1997 la loi sur le démantèlement du monopole d’Etat, celui-ci se désengage de
grands secteurs de l’économie, même considérés comme stratégiques. C’est le cas
avec la société nationale de commercialisation des produits pétroliers (SONACOP)
vendue à un opérateur économique privé béninois.
Le développement du libéralisme donne
naissance à une nouvelle race d’opérateurs économiques, des sortes de « jeunes
loups » faisant fortune dans le commerce dit de « l’import-export », comme par
exemple la vente de véhicules d’occasion. Ils ont par ailleurs la
caractéristique de s’investit également pour la plupart dans la vie politique.
Des résultats mitigés.
La Bénin apparaît comme une démocratie
apaisé et la signature de la nouvelle convention ACP-UE (« l’accord de
Cotonou »), le 23 juin 2000, récompense son expérience démocratique et les
années de paix et de stabilité qu’elle lui a assurée. Pourtant, sur le plan
interne, bien que le taux de croissance reste autour de 5 %, l’économie reste
fragile car elle repose en grande partie sur les échanges avec le Nigeria et la
filière coton.
L’ensemble des secteurs est affecté par
la crise énergétique de mars 1998. malgré les intentions du gouvernement, « 20
000 emplois par an », le chômage se développe et la vie quotidienne ne s’est pas
améliorée. Le système de débrouillardise se développe de plus en plus et la
déception de la population s’accroît.
De plus, le système éducatif montre ses
limites, avec un taux d’alphabétisation des adultes de 39 % seulement.
Déjà, lors des élections législatives du
30 mars 1999, un vote sanction à l’encontre la cherté de la vie provoquées par
la hausse du prix des produits pétroliers est organisée. Les désillusions
s’installent.
Dans sa lette contre la pauvreté, l’Etat
en appelle au FMI et signe en juillet 2000 un accord programme triennal
(2000-2003) dont les conditionnalités concernent pour l’essentiel la stabilité
macroéconomique, la restructuration du secteur cotonnier et le désengagement de
l’Etat des services publics marchands (télécoms, électricité, eau). Il voit
ainsi sa dette allégée mais sa dépendance aux institutions du FMI accrue.
Kérékou 3 : le nouveau et dernier mandat
du Caméléon.
L’élection de mars 2001
Mathieu Kérékou remporte avec une
écrasante victoire (84,06 %) un second et dernier mandat présidentiel le 24 mars
2001.
Les élections, qualifiées de
« mascarade » par l’opposition, se déroulent sur fond d’invectives permanentes
et d’accusations de fraude de part et d’autre.
Les Béninois ont manifesté leur
déception avec un taux d »abstention record depuis le début de la démocratie :
seuls 53,42 % des élections sont allés voter. De plus, ces élections ont porté
un coup à l’image modèle de « laboratoire de la démocratie » dont bénéficiait le
Bénin.
La persistance des difficultés
Malgré une croissance économique
soutenue, la pauvreté demeure importante au Bénin et les inégalités fortes.
L’année 2002 a été marqué par une
dégradation du climat social, avec de grandes grèves à répétition dans la
fonction publique et dans l’enseignement. La mauvaise redistribution des fruits
de la croissance est dénoncée, de nombreuses couches sociales se sentant exclues
de l’enrichissement du pays. Finalement les syndicats ont obtenu gain de cause
avec la hausse des salaires dans la fonction publique, mais ceci a coûté aux
finances publiques plus de 20 millions d’euros. Ce qui n’aide pas une situation
économique dont les indicatifs macroéconomiques sont certes encourageants, mais
qui a commencé à se dégrader, principalement à cause de :
*l’interdiction par le Nigeria, depuis
mai 2003, des réexportations en provenance du Bénin concernant l’essentiel des
marchandises faisant l’objet de commerce ;
*des problèmes de sécurité, de
corruption et de lenteurs administratives qui rendent moins attractif le port
autonome de Cotonou, désormais moins florissant ;
*les difficultés rencontrées dans la
libéralisation de la filière coton. (Voir « L’actualité du Bénin » p.85-86).
*Vers l’espoir de « 2006 ».
ainsi malgré les efforts faits par les
gouvernements successifs depuis le renouveau démocratique, beaucoup de chemin
reste à parcourir pour relever l’économie béninoise, l’engager définitivement
dans la voie de la modernité et réduire les inégalités en offrant à tous les
citoyens les chances d’un réel épanouissement. Et ce sera au nouveau président
Yayi Boni, élu en mars 2006, qu’il appartiendra désormais de relever le défi.
(« L’actualité du Bénin » p.85).
Monseigneur Isidore de souza, homme
d’Eglise et figure de proue du renouveau démocratique (1934-1999).
Arrière-petit-fils du négrier Chacha
Francisco de Souza, il naît à Ouidah le 4 avril 1934. ordonné prêtre dans cette
même ville le 8 juillet 1962, il enseigne au séminaire Saint-Gall de 1965 à
1970, puis se voit confier la direction de l’Institut catholique de l’Afrique de
l’Ouest. Il est sacré évêque à Ouidah le 8 décembre 1981 et intronisé archevêque
titulaire de Cotonou le 2 février 1991.
L’œuvre sociale de Mgr Isidore de Souza
est immense avec des centres de formation féminine, des centres d’accueil pour
enfants déshérités, des centres de santé dont le plus impressionnant est
l’Hôpital Saint-Luc de Cotonou.
Comptant sur sa vaste culture et sa
grande pondération, l’église catholique le désigne en février 1990 pour la
représenter à la conférence nationale des forces vives, accompagné d’un prêtre
érudit natif de Ouidah, le révérend père Gilbert Dagnon. Dans tout ce qu’il
réussi à cette conférence, il estime n’avoir été que l’instrument de la volonté
de Dieu dans son immense amour pour le Bénin.
Nicéphore Dieudonne Soglo, président de
la République du Bénin
Nicéphore Dieudonné Soglo est né le 29
novembre 1934. il fit ses études supérieures à la Sorbonne dans les facultés de
droit et de lettres, puis paracheva sa formation à la prestigieuse Ecole
nationale d’administration de paris (promotion Albert Camus).
Rentré au Dahomey, N.D.Soglo fit ses
premières armes au ministère des finances, exerçant d’importantes
responsabilités entre 1963 et 1978 : inspecteur des finances, expert commis à
l’élaboration des statuts de la Banque africaine de développement (BAD),
administrateur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest (BCEAO) ?
PROFESSEUR 0 L4Université nationale, ministre de l’économie et des finances.
L’expérience internationale à Banque
mondiale
A partir de 1971, N.D. Soglo tourna une
page décisive de sa carrière et de sa vie en partant aux Etat-Unis, appelé, sur
la foi de sa vaste expérience, aux importantes responsabilités d’administrateur
de la Banque mondiale. Il allait y rester plus d’une il trouva ainsi à
Washington un point stratégique pour appréhender les réalités d’une Afrique aux
prises avec ses problèmes de développement.
L’expérience internationale de N.D.
Soglo se précisa et s »étoffa au fil des ans. Il joua un rôle important dans le
lancement des études de la Banque mondiale sur les problèmes de développement de
l’Afrique au sud du Sahara. Il joua un rôle clé dans les réflexions et les
actions de l’institution mondiale sur les problèmes de la sécheresse et de la
désertification de l’afrique.
Premier président élu démocratiquement.
En février 1990, la conférence nationale
des forces vives élit N.D. Soglo, candidat unique, au poste de Premier ministre
du gouvernement de transition. Le magnifique travail de redressement accompli
lui vaut d’être élu par un vote massif (les 2/3 des électeurs) à la magistrature
suprême le 24 mars 1991. mais, en 1996, malgré le renforcement des succès
économiques sous son mandat, une coalition large et hétéroclite de la classe
politique autour du général Mathieu Kérékou ramena celui-ci au pouvoir et
empêcha N. D. Soglo d’obtenir un deuxième mandat.
Aux élections communales et municipales
de décembre 2002, N. D. Soglo est élu maire de Cotonou, première ville et
capitale économique du Bénin.
De 1994 à 2006, Yayi Boni dirige la BOAD
à Lomé, la capitale du Togo voisin, dont il démissionne pour se présenter à la
présidentielle béninoise.
Pendant ces années à la direction de la
BOAD, il acquiert une légitimité internationale et surtout la confiance des
bailleurs de fonds de la BOAD une référence. En effet, en onze années de
gestion, il a multiplié par cinq le capital de cette banque et financé de
nombreux projets de développement, notamment au Bénin, tout en se constituant un
réseau de contacts dans l’entourage des chefs d’Etat du continent.
Le candidat du renouveau économique
C’est donc en tant que indépendant que
se présente Yayi Boni. Nouveau venu sur la scène politique béninoise, il défend
un programme qui prône avant tout le changement et choisit un slogan percutant :
« ça peut changer ! ça doit changer ! » Durant sa campagne, il met l’accent sur
la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption, la moralisation de la vie
politique et l’éradication de la pauvreté.
L’enjeu majeur pour ce pays, selon lui,
est de déterminer comment passer de la situation de pays-phare dans
l »édification de la démocratie, mais pauvre et gangrené par la corruption, à
celle de pays économiquement prospère et bien gouverné.
Dans un pays en crise depuis des années,
plongé dans une morosité sociéconomique caractérisée par la faillite des
secteurs vitaux (filière coton, mauvaise gestion du port autonome de Cotonou…)
et une corruption ambiante, Yayi Boni incarne l’espoir du renouveau politique et
économique.
En promettant de mettre en place « un
gouvernement d’hommes jeunes, propres, intègres et neufs » et de mettre l’accent
sur « la création de richesse s pour éradiquer la pauvreté », tout en
développant les relations et les échanges avec le puissant voisin nigérian, Yayi
Boni assure qu’il souhaite « faire du Bénin le Hong Kong de l’Afrique de
l’Ouest ».
Un président confortablement élu
Lors du premier tour de l’élection le 5
mars 2006, Yayi Boni devance l’ex-président de l’Assemblée nationale Adrien
Houngbédji, crédité de 25 % des suffrages, et l’ancien ministre Bruno Amoussou
(19 %), en totalisant 35 % des voix.
Lors du second tour du 19 mars, l’ancien
directeur de la BOAD a recueilli 74,51 % des suffrages tandis que son rival,
Adrien Houngbédji, n’obtenait que 25,49 % des votes. Yayi Boni remporte ces
élections présidentielles grâce aussi au ralliement des partis désavoués lors du
premier tour, qui ont appelé leurs partisans à voter pour lui.
C’est donc la victoire d’un outsider que
consacre cette élection présidentielle.
Selon les observateurs, c’est justement
parce qu’il n’a pas participé à la vie politique ces dix dernières années que
les béninois l’ont choisi plutôt que les autres candidats, qui ont servi pour la
plupart le régime du président sortant Mathieu Kérékou. C’est précisément ce
profil d’homme neuf qui semble séduit les lecteurs.
Sans doute pour le peuple avide de
changement, l’enjeu majeur de ce scrutin était le renouvellement du mode de
gestion des affaires publiques. Et Yayi Boni promet aux béninois la relance de
l’économie et du développement avec la réhabilitation du secteur agricole, la
promotion de la scolarisation des filles, le développement du secteur privé…
Celui qui apparaît comme un messie
capable de sauver le pays de la crise socioéconomique qui la ronge depuis des
années a devant lui cinq années pour faire ses preuves.
Extraits du discours d’investiture du
président Yayi Boni.
« Je voudrais en ces moments solennels,
revenir très brièvement su les grandes lignes de mon programme pour insister sur
quatre volets majeurs :
En premier lieu, la qualité des
ressources humaines. En effet, pour bâtir une société de la connaissance et du
progrès, il nous faudra des hommes et des femmes instruits, éduqués, formés et
en bonne santé. Le capital humain sera donc fortement valorisé.
Ensuite, une gouvernance concertée pour
réaliser un programme d’avenir autour des valeurs cardinales que sont le
travail, la discipline, l’intégrité, l’obligation de résultat et l’obligation de
rendre compte.
En troisième position, le développement
de l’esprit d’entreprise, l’élargissement des opportunités de création de
richesses et d’emplois pour stimuler et accroître le rythme de la croissance.
Et enfin, la construction de nouvelles
infrastructures, processus du soutien à la production, susceptibles d’impulser
une dynamique au processus du développement de l’économie nationale ».
Porto-Novo, le 6 avril 2006.
Dossier réalisé par La Rédaction
« Confrère de la Matinée »
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